Le premier jour

Le premier jour. Mélange d’excitation, d’appréhension, de stress, de fierté… Un melting pot d’émotions mitigées, aussi bien pour elle que pour nous. Notre tout premier bébé, seule au milieu de cette jungle, appelé « collège », mélangée à des élèves de 15 ans et plus. C’est le début d’une nouvelle étape… Tout était super, jusqu’à ce moment là. Je vous raconte son premier jour. 

Le premier jour, c’était pour les 6 ème. Trois classes au compteur, Zoé est en 6ème A. Ils passeront la journée avec leur professeur principal. Apprivoiser les lieux, l’organisation, le programme, les règles de vie…. Aaah… les règles de vie. C’est ici que l’on appuie sur pause et que notre attention restera bloquée sur cette phrase énoncée par Mr Dupont (nom inventé) : « concernant les normes vestimentaires, les minijupes et les shorts, sont interdits pour les filles. » Je vous laisse digérer, en ce qui me concerne, visiblement, j’ai encore du mal. 

Zoé m’explique sa journée et mentionne ce commentaire. J’avoue avoir été choquée. Avant de me prononcer sur le sujet, je lui ai demandé, comment elle s’était sentie quand le prof a prononcé cette phrase. Elle était perdue. Elle n’a pas compris l’interdiction, mais surtout, pourquoi il n’y en avait que pour les filles ? Aucune restriction pour les garçons. Elle s’est sentie vulnérable. Pourquoi il y a des restrictions pour les filles ? Pourquoi pas pour les garçons ? Tout d’abord, comment un professeur peut utiliser des termes aussi sexistes ? Un professeur ne devrait pas s’exprimer sans rentrer dans des discriminations ni préjugés ? Avoir un discours plus adapté à notre temps ? À notre société actuelle et celle vers laquelle nous prétendons aller ? Parler du code vestimentaire en soi, me paraît assez pertinent. Mais est-ce nécessaire de mettre en lumière les shorts et les minijupes des filles ???? Nous sommes bien en 2019 ? XXI siècle ? L’égalité homme-femme ? Est-ce que ce Mr est conscient du poids de ses mots et leurs conséquences ?

Je reprends mot pour mot la définition de Wikipédia de l’égalité des sexes :

« L’égalité des sexes est le principe selon lequel les hommes et les femmes devraient recevoir un traitement égal et ne devraient pas être victimes de discriminations basées sur leur appartenance à l’un ou l’autre sexe, hormis les cas où une différence de traitement serait justifiée par une différence biologique valable (dans le cadre sportif par exemple).

L’égalité des sexes est un objectif de la Déclaration universelle des droits de l’homme et constitue l’Objectif de développement durable no 5 de l’ONU (égalité entre les sexes) qui prévoient une égalité en droit et dans des situations sociales, et en particulier un salaire égal pour un travail égal.

C’est la conviction que tout le monde devrait recevoir un traitement égal et ne pas être discriminé en fonction de son sexe. »

Zoé a été interpellée par cette différence, je pense qu’elle ne s’y attendait pas du tout. Pointer du doigt les filles par rapport à leur façon de s’habiller. « Mais Maman, on n’est pas libre de s’habiller comme on veut ? ». Quel est le message exactement ? Ce prof, n’est-il pas conscient que ses propos sont remplis de préjugés et de stéréotypes ? Qu’ils sont discriminatoires ? Quelle que soit la réponse, elle m’angoisse.

Après une longue conversation avec Zoé, il fallait réfléchir à ce qu’il fallait faire. Aborder le prof principal ou laisser couler ? Dans mon élan, je souhaitais rencontrer ce prof pour qu’il m’explique en détail le choix de ses mots et son intention. What’s the point ??? Eh puis, Zoé avait peur de se faire remarquer et d’être dans le collimateur. Encore un autre vaste sujet. Je n’ai pas voulu la mettre plus en stress. Je n’ai pas fait de mot. Je n’ai pas été le voir.

Par contre, nous en avons beaucoup parlé. Ne te tait pas mon enfant. Exprimes-toi, toujours. Avec respect, mais parle. Ne le garde pas pour toi et surtout, sache que tu ne dois pas tout accepter. Même si cela vient d’un professeur. Si tu ressens qu’il y a une injustice, que quelque chose cloche, n’hésite pas à le dire. Ne laisse pas que personne ni rien, te fasse sentir petite. L’intimidation est l’ennemi de la liberté. Sois libre. Toujours.

C’était le premier jour. Il en reste encore 179. Je garde espoir qu’il n’y aura pas de prochaine fois, mais si c’est le cas, la prochaine fois, ce sera différent. 

Ce sujet me travaille encore, cet article en est la preuve. Les injustices, les inégalités. Le sexisme, le racisme, l’homophobie, le classisme… On a l’impression d’avancer, que nos enfants n’auront plus à faire à toutes ces discriminations et soudain, on se retrouve face à une situation comme celle-ci. Pour certains, elle sera anodine. Pour certains, ce n’est pas si grave. SI, ça l’est ! Ce sont ces petites choses du quotidien, qui renforcent des attitudes exécrables. Nos enfants sont les adultes de demain. Qu’importe le sexe, la couleur de peau, les croyances, la sexualité… La tolérance et le respect, doivent être au coeur de leur éducation. Suite à ces échanges avec Zoé, j’ai eu des souvenirs qui sont remontés. Des situations humiliantes, certaines toutes bêtes, mais qui te font sentir mal. Tout simplement parce que j’étais une femme. Mon coeur de Maman est lourd. J’aimerais tellement que ce soit différent pour elle… même si je vois bien que ce n’est pas gagné. Je vous embrasse. 

Lois

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    1. je ne sais pas vraiment si bravo, moi je suis assez déçue d’écrire ce genre d’article… :/ mais je comprends ce que tu veux dire et je t’en remercie. je t’embrasse charlotte

  1. Chère Lois, j’ai lu ton texte et il me parle aussi. Que c’est compliqué d’accompagner nos enfants sur le chemin de l’adolescence ! Malheureusement ce chemin est inévitable et semé d’embûches. Je partage ton indignation et ton désarroi. Nous sommes en 2019 et on stigmatise encore les filles ou futures femmes en leur disant qu’elles doivent se couvrir. A l’ère du #me too, du centième féminide dépassé nous en sommes encore là ! À aujourd’hui où tout le monde s’indigne devant des femmes en burkinis sur les plages ou devant des filles voilées on vient insuffler dangereusement aux enfants que les filles ne doivent pas « attirer » les regards mais sans dire aux garçons de traiter les filles avec respect et garantir leur liberté individuelle ! Elle est belle cette société hypocrite de « bien-pensants » qui disent tout se son contraire. Les filles devraient pouvoir porter des jupes et des shorts sans craintes. Tant d’années de combats féministes, de films et débats pour en être encore là aujourd’hui !! C’est déplorable, inquiétant, décevant. Les parents doivent reprendre leurs places dans l’éducation et ne pas laisser le corps enseignant et les médias pourrir les jeunes générations actuelles et futures. Lois, j’ai comme l’impression que l’on régresse non?

    1. Ooooh ma Djam !! Comme j’aime te lire !! Tu as tout dit exactement comme je n’ai pas su le faire. Oui on régresse… malheur et désespoir… Des bisous.

  2. Les stéréotypes sexistes de ce genre ma fille en a fait aussi les frais à l’époque du collège lycée…. il y a encore beaucoup de travail à faire et continuer d expliquer à nos filles qu’elles sont nées filles que ce n’est pas une tare mais bien une force…. bisous et courage <3

  3. Ma grande aussi fait ses premiers pas au collège et ce n’est pas simple…Il faut composer avec les nouvelles règles (il pleut des heures de colle les profs voulant imposer le respect dés le début), la nouvelle façon de travailler, les nouvelles matières et les autres élèves plus vieux…
    Concernant les tenues, le directeur est de l’ancienne école et a,lui aussi imposer des règles vestimentaires: pas de jeans troués, jupes au genou, pas de sous-vêtements visibles (pour les garçons qui portent le jean « bas »), pas de shorts…
    Ça ne m’a pas choqué car il a expliqué le pourquoi de ces règles (trop d’abus, des jeunes avec des tenues soit trop négligées soit trop provocantes) et surtout surtout parce qu’elles s’adressent autant aux filles qu’aux garçons.
    Autrement je pense que, comme toi, ça m’aurait profondément gêné et j’aurais sans doutes demandé des explications… Il n’est plus tolérable à notre époque de laisser de telles mesures pointer encore du doigt les filles en leur demandant d’adopter telle ou telle attitude et comportement sans remettre en question celle des garçons !

    1. Je trouve plus pertinent la façon de faire. En soit, je ne revendique pas un certain code vestimentaire, je suis retournée par l’inégalité. Merci pour ton mot. Je t’embrasse Patricia

    1. Effectivement, nous sommes allés parler avec le prof et rien de mieux qu’un échange constructif et respectueux, pour éclaircir les malentendus. Il se trouve que ce prof en question n’avait absolument pas fait attention à sa façon de communiquer les règles du collège et qu’il était entièrement d’accord avec nous. J’espère que cela ne se reproduira plus et si c’est le cas, il sait maintenant qu’il devra donner des explications.

  4. Bonjour Loïs,
    Il y a encore tellement de situations comme celles-ci qui paraissent anodines et qui sont en fait lourdes de conséquences. Le pire, c’est qu’en soulevant le problème, on risque de se faire taxer de relou ou d’entendre un énième « t’abuses ! Tu vois vraiment le mal partout ! »
    L’an dernier, le petit garçon de mon ami disait « les filles c’est nul, moi je suis un garçon, je suis plus fort, blablabla ». Le genre de classique qui paraît normal quand on a 3 ans mais je trouve que même sur ce genre de propos, on doit réagir. Je m’étais permise de lui répondre que « non, les filles n’étaient pas nulles et que ce n’était pas très gentil de dire ça ». Mon mec n’était pas vraiment d’accord avec moi, il disait que son fils « construisait son identité de petit garçon et que ça passait par ce genre de propos ». Je comprends qu’il ait besoin de s’affirmer, de montrer sa personnalité (moi même en tant que femme, je ne déroge pas à certains clichés car j’aime m’habiller, me maquiller, … ça fait partie de moi), mais on peut s’affirmer sans dénigrer les autres et surtout, c’est notre rôle de ne pas lui mettre dans la tête dès son plus jeune âge que les filles sont nulles et moins bien que lui. Peut-être que je me trompe mais pour moi, le respect des uns et des autres commence à cet âge-là. Si on va dans son sens, qu’on lui confirme que les filles sont nulles, il le pensera toute sa vie, et ça lui semblera normal de mal les considérer, de mal leur parler, de mal les regarder car de toute façon, « elles sont nulles ».
    Je sais que mon mec, à l’époque, était un peu « fier » que son fils ait des « paroles de petit garçon », un cliché qu’on trouve mignon (bien qu’il ait revu sa copie depuis, puisque je l’ai entendu reprendre son fils lorsqu’il tenait les mêmes propos cette semaine). Et je pense que ce prof a tout simplement voulu « protéger » les filles en évitant des situations désagréables et des moqueries sur leurs tenues… MAIS ce n’est pas comme ça qu’il faut fonctionner, c’est en apprenant aux garçons à respecter les filles (et pas aux filles à se cacher, faire profil bas, se taire parce que « merde à la fin, vous êtes relou vous les féministes râleuses et jamais contentes »).
    Bon, je ne sais pas si tout est clair, j’ai écrit ça d’une traite mais en tout cas, même si je n’ai pas d’enfant, je pense que j’aurais eu la même réaction que toi face à la réflexion du prof.

    Bonne journée Loïs,

    Manon

    1. coucou Manon, merci énormément pour ton message. Effectivement, l’idée c’est de respecter les filles et de ne pas les mettre en position de faiblesse, comme on l’a toujours fait, à mon plus grand regret. Comme j’explique à Soizic en réponse à son commentaire, nous sommes allés parler avec le prof et maintenant tout est clair. Il s’agit d’une maladresse de sa part et le message est passé. Je pense qu’il fera bien attention aux mots qu’il choisira à partir de maintenant !!